Les fermes MMBio les mieux rémunérées ne sont ni les plus grandes, ni les plus intensives, ni celles qui vendent le plus cher. Elles combinent une meilleure efficacité économique, davantage d’EBE par m² et un débit commercial supérieur, tout en tenant le temps de travail.
Point de départ
Le titre dit 5 contre 15. Les données disent quatre groupes
Deux fermes maraîchères biologiques peuvent cultiver une surface voisine, proposer une gamme comparable et vendre toutes deux en circuits courts, tout en rémunérant leur exploitant à des niveaux variant du simple au triple. Le projet national MMBio permet d’observer cet écart sur 42 microfermes diversifiées suivies entre 2019 et 2022, avec des données économiques moyennées sur deux ou trois exercices selon les fermes.
Le raccourci éditorial 5 EUR/h contre 15 EUR/h recouvre en réalité la typologie publiée par l’ITAB. Sur les 38 fermes disposant d’une comptabilité exploitable, neuf se situent sous 3,74 EUR/h, quinze entre 3,74 et 8,03 EUR/h, neuf entre 8,03 et 12,05 EUR/h et cinq au-dessus de 12,05 EUR/h. La valeur maximale observée atteint 18,92 EUR/h. Le groupe supérieur ne constitue donc pas un modèle moyen : il réunit cinq cas performants et hétérogènes.
Les seuils correspondent au RSA et au SMIC net de 2020 ramenés à l’heure. Ils servent à classer les fermes du panel, pas à évaluer un salaire en 2026. Les différences dites significatives ont été testées par Wilcoxon ; les autres sont présentées comme des tendances et non comme des causes.
Le périmètre exact
| Critère MMBio | Définition |
|---|---|
| Ferme professionnelle | Au moins trois ans d’ancienneté au moment de la sélection. |
| Petite surface | Moins de 1,5 ha consacrés au maraîchage. |
| Diversification | Au moins 20 à 30 espèces cultivées. |
| Poids du maraîchage | Au moins deux tiers du chiffre d’affaires issus des légumes. |
| Commercialisation | Majoritairement en circuits courts. |
La mécanique de l’écart
Le revenu horaire est une division
Une ferme peut progresser par le numérateur, en augmentant l’EBE ou en réduisant le poids des annuités. Elle peut aussi progresser par le dénominateur, en réalisant la même activité avec moins d’heures exploitant. Dans les données MMBio, ces deux mécanismes ne se confondent pas toujours.
Dix-sept fermes, soit presque la moitié du groupe comptable, changent de catégorie lorsque le classement se fait sur l’EBE par maraîcher plutôt que sur le revenu horaire. Douze montent d’une catégorie d’EBE : leur activité dégage davantage qu’il n’y paraît à l’heure, mais la dette et/ou le volume de travail absorbent le résultat. Un cas extrême cumule 3 310 heures annuelles par exploitant et des annuités équivalant à 65 % de l’EBE. A l’inverse, plusieurs fermes à faible EBE préservent leur position horaire par un temps de travail mieux contenu, autour de 1 877 heures en moyenne.
Un faible revenu horaire peut venir d’un EBE insuffisant, d’une dette trop lourde, d’un temps de travail excessif, ou des trois. Le levier n’est pas le même : vendre davantage, réduire certaines charges, renégocier le rythme d’investissement ou supprimer des heures improductives.
Cette décomposition évite une erreur fréquente : attribuer la réussite à une technique visible – davantage de tunnels, un tracteur, une culture réputée rentable – alors que l’écart provient parfois d’un débouché plus fluide ou de 600 heures annuelles en moins.
1 – Efficacité économique
Le facteur le plus net : transformer les charges en chiffre d’affaires
MMBio définit l’efficacité économique par le rapport chiffre d’affaires / charges. Le panel génère en moyenne 1,91 euro de chiffre d’affaires pour un euro dépensé, mais la dispersion est considérable : certaines fermes dépensent davantage qu’elles ne vendent, tandis que trois dépassent 3,60 euros de chiffre d’affaires par euro de charge.
C’est l’un des rares indicateurs qui sépare statistiquement les quatre groupes. La corrélation avec le revenu horaire est nette. Ce résultat ne signifie pas qu’il faut réduire chaque dépense. Il signifie qu’une charge doit être jugée par ce qu’elle permet de produire ou d’économiser : une serre qui sécurise des ventes, un salarié qui absorbe un goulot d’étranglement ou un réseau d’irrigation qui évite des heures peuvent améliorer l’efficacité ; un équipement sous-utilisé ou un intrant sans effet commercial la dégrade.
| Ce qui est mesuré | Repère MMBio | Lecture utile |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires légumes | 15 392 à 86 622 EUR ; moyenne 43 601 EUR | Le volume d’activité varie presque d’un facteur 6. |
| Charges hors annuités | 9 320 à 61 664 EUR ; moyenne 26 431 EUR | Le niveau de charges varie lui aussi d’un facteur 6. |
| Efficacité économique | Moyenne 1,91 EUR de CA par EUR de charge | Les quatre groupes de revenu horaire sont significativement différents. |
| Structure des charges | 45 % de charges de structure communes en moyenne | Aucun type de charge ne suffit seul à expliquer le classement. |
Réduire les charges n’est pas le seul chemin
Les groupes 3 et 4 ont, en moyenne, davantage de chiffre d’affaires et moins de charges par unité de surface que les groupes 1 et 2. Mais les distributions se recouvrent : une ferme du groupe 4 peut afficher moins de chiffre d’affaires par m² qu’une ferme du groupe 1. La différence se construit donc dans le solde, pas dans une course isolée au rendement ou à l’économie.
Pour chaque poste important : combien d’euros de vente, combien d’heures évitées ou combien de risque réduit cet euro de charge apporte-t-il ? Une charge élevée peut être productive ; une petite charge répétée sur quarante cultures peut devenir un coût de complexité majeur.
2 – Surface et marge
La bonne productivité est nette, pas seulement brute
Le chiffre d’affaires par m² cultivé varie d’un facteur 9 dans le panel. Rapporté à la surface développée – la somme des surfaces effectivement occupées par les différents cycles de l’année -, il atteint en moyenne 4 373 EUR pour 1 000 m², contre 2 575 EUR de charges. Les groupes 3 et 4 se placent globalement du bon côté des deux courbes : davantage de valeur et moins de coûts par m².
Le résultat le plus robuste porte sur l’EBE par surface développée : il est en moyenne deux fois plus élevé dans le groupe 4 que dans les groupes 1 et 2. Ce n’est donc pas la surface disponible qui distingue les fermes, mais ce que chaque m² laisse après les charges courantes.
| Indicateur de surface | Panel MMBio | Différence entre groupes |
|---|---|---|
| Surface cultivée | 2 370 à 13 900 m² ; moyenne 7 139 m² | Aucune différence significative ; toutes les gammes sont présentes. |
| Surface développée | 5 232 à 23 233 m² ; moyenne 11 039 m² | Aucune différence significative ; facteur 4 à revenu horaire comparable. |
| Part cultivée sous abri | 1 à 60 % ; moyenne 17 % | Aucune différence significative. |
| EBE / 1 000 m² développés | -597 à 8 561 EUR ; moyenne 2 202 EUR | En moyenne deux fois plus élevé dans le groupe 4 que dans les groupes 1 et 2. |
Deux fermes performantes peuvent suivre des voies opposées
MMBio compare deux fermes qui dégagent chacune environ 23 500 EUR d’EBE par maraîcher. La première consacre 465 heures à 1 000 m² développés et génère 6,28 EUR de chiffre d’affaires par m². La seconde ne consacre que 120 heures à 1 000 m², génère 1,62 EUR par m², mais couvre davantage de surface avec très peu de main-d’œuvre extérieure. L’une maximise la valeur par m² ; l’autre la surface gérée par heure.
Ces deux voies aboutissent à un EBE proche parce qu’elles restent cohérentes. Le piège consiste à cumuler la faible productivité de la seconde avec les heures élevées de la première, ou à intensifier la surface sans disposer du débit commercial capable d’absorber la production.
3 – Efficacité commerciale
Le débouché fort vaut plus que le prix fort
Le temps de commercialisation représente en moyenne 19 % du travail des fermes MMBio, avec une plage de 5 à 45 %. La part de temps seule ne sépare pas significativement les groupes. En revanche, le ratio chiffre d’affaires / heures de commercialisation est significativement plus élevé dans les groupes 3 et 4 que dans le groupe 1, y compris lorsque les fermes sont classées selon l’EBE par maraîcher afin de neutraliser le biais du temps de travail.
Autrement dit, les fermes les mieux rémunérées ne consacrent pas nécessairement beaucoup moins d’heures à vendre. Elles font circuler davantage de chiffre d’affaires dans chaque heure commerciale : meilleur débit, point de vente plus dense, commandes regroupées, manutention plus courte ou clientèle plus régulière.
| Observation MMBio | Ce qu’elle indique |
|---|---|
| Les fermes mobilisent généralement 2 à 4 types de circuits | La diversification commerciale est la norme, mais elle crée des opérations supplémentaires. |
| Les cinq fermes du groupe 4 réalisent 90 à 100 % de leur CA sur un type de circuit | Un débouché principal absorbe le gros de la production ; les autres servent surtout d’appoint. |
| Les fermes du groupe 1 vendent globalement plus cher | Le prix unitaire élevé ne compense pas automatiquement un faible débit ou un coût de vente élevé. |
| Aucune ferme des groupes 3 et 4 ne déclare avoir du mal à tout vendre | L’adéquation entre volumes produits et capacité d’écoulement est meilleure dans le panel. |
| 13 fermes sur 14 des groupes 3 et 4 peinent à produire assez | Leur contrainte se situe davantage du côté de la production que de la demande. |
Calculer chaque mois le CA par heure commerciale, circuit par circuit. Inclure déplacement, chargement, installation, vente, encaissement et retour. Un marché à prix élevé peut être moins efficace qu’un retrait de paniers au débit régulier.
La conclusion est contre-intuitive : la ferme à 15 EUR/h n’est pas nécessairement celle qui facture le plus cher. Dans MMBio, le groupe le moins rémunéré affiche même les prix les plus élevés dans l’ensemble. Le levier décisif est la combinaison prix x volume écoulé x temps nécessaire pour l’écouler.
4 – Temps de travail
Travailler plus peut améliorer l’EBE et dégrader le revenu horaire
Le temps total varie de 120 à 679 heures par an pour 1 000 m² développés, soit presque un facteur 6. A niveau d’EBE comparable, certains producteurs travaillent jusqu’à quatre fois plus que d’autres. Le volume de travail ne préjuge donc ni de la qualité du suivi cultural, ni de la performance économique. Il faut le lire avec la valeur produite.
Les semaines de pointe illustrent le risque. Sept producteurs sur neuf du groupe 1 travaillent davantage que la moyenne du groupe 4 pendant les grosses semaines. Le même constat concerne neuf producteurs sur quinze du groupe 2. Les écarts ne sont pas statistiquement significatifs sur le volume hebdomadaire global, mais la distribution montre que l’allongement de la saison ne suffit pas à franchir un seuil de rentabilité.
| Répartition du temps | Moyenne | Plage observée | Signal de vigilance |
|---|---|---|---|
| Production | 44 % | 20 à 76 % | Un temps faible peut signaler une bonne efficacité ou un entretien insuffisant. |
| Récolte et préparation | 30 % | 14 à 55 % | Le groupe 4 se situe autour de 39 %, plus haut que la plupart des fermes. |
| Commercialisation | 19 % | 5 à 45 % | Les proportions les plus élevées se trouvent dans les groupes 1 et 2. |
| Gestion et administratif | 7 % | 0 à 18 % | Le groupe 4 se situe autour de 5 %. |
L’ancienneté aide, faiblement
Le temps de travail de l’exploitant par unité de surface tend à diminuer avec l’expérience, mais la relation est faible : R² = 0,12. Une fois retirées les deux fermes de plus de trente ans, l’ancienneté moyenne des groupes 3 et 4 tombe à six ans. Le groupe supérieur n’est donc pas simplement le groupe des anciens. La répétition peut améliorer les gestes et la planification ; elle ne corrige pas seule un débouché lent, un outil mal dimensionné ou une gamme incohérente.
Suivre simultanément heures pour 1 000 m² développés, CA par heure totale et EBE par heure exploitant. Une baisse des heures n’est un progrès que si la production commercialisable et la marge ne s’effondrent pas.
5 – Salariat et bénévolat
Main-d’œuvre : le groupe supérieur paie davantage le travail
Les cinq fermes du groupe 4 emploient de la main-d’œuvre salariée. Dans le groupe 1, sept fermes sur neuf recourent au bénévolat – stagiaires, woofeurs, amapiens ou proches – contre trois sur cinq dans le groupe 4. Les différences ne sont pas significatives statistiquement, mais elles dessinent deux usages distincts du travail extérieur.
Le salariat n’est pas une cause automatique de rentabilité. Il peut au contraire dégrader l’EBE si le poste n’augmente ni la production vendue ni l’efficacité de l’exploitant. Mais une ferme qui dispose déjà d’une marge suffisante peut acheter du temps compétent, stabiliser les chantiers et réduire la surcharge de l’exploitant. Le bénévolat réduit la charge comptable sans garantir la compétence, la continuité ni le temps d’encadrement.
| Main-d’œuvre dans le panel | Repère |
|---|---|
| Travail exploitant | 78 % du volume total moyen. |
| Travail salarié | 12 % du volume moyen ; 25 fermes y recourent, pour 677 h/an en moyenne parmi elles. |
| Travail non rémunéré | 10 % du volume moyen ; 27 fermes y recourent, pour 539 h/an en moyenne parmi elles. |
| Groupe 4 | 5 fermes sur 5 avec salariat ; tendance plus forte, mais non démontrée comme facteur causal. |
Attribuer une valeur au travail bénévole et au temps d’encadrement. Une ferme à 12 EUR/h qui mobilise 600 heures gratuites n’a pas la même autonomie économique qu’une ferme affichant le même revenu avec une équipe rémunérée.
6 – Capital et outil de production
Abris, intensification, matériel : aucun bouton magique
La surface sous abri augmente la saison de culture et le potentiel de valeur par m². Pourtant, sa proportion ne distingue pas significativement les groupes. Même constat pour le nombre de cycles : les fermes réalisent en moyenne 1,50 cycle en plein champ et 2,37 sous abri, mais presque toutes celles du groupe 4 se situent sous la moyenne d’intensification globale. La meilleure rémunération ne vient donc pas d’un empilement maximal de cultures.
Les montants investis ne donnent pas davantage la clé. MMBio ne trouve pas de corrélation entre les investissements post-installation et le revenu horaire. La diversité globale d’équipement ne sépare pas non plus les groupes. En revanche, le faible équipement motorisé est associé aux temps de travail les plus élevés ; un équipement abondant ne réduit pas nécessairement les heures s’il est mal adapté ou si le temps gagné sert à intensifier davantage.
| Variable | Résultat MMBio | Interprétation |
|---|---|---|
| Part de surface sous abri | Pas de différence significative | Le tunnel ne paie que s’il est rempli par une gamme vendue au bon moment. |
| Nombre de cycles | Pas de relation avec le revenu | Intensifier ajoute souvent du travail et du risque agronomique. |
| Investissements post-installation | Pas de corrélation avec le RD/h | La nature, l’usage et le dimensionnement comptent davantage que le montant. |
| Diversité d’équipement | Pas de différence globale nette | La disponibilité d’un outil ne renseigne ni son état ni son efficacité réelle. |
| Irrigation | 44 % du groupe 1 avec réseau à la parcelle contre 100 % du groupe 4 | Un réseau complet et partiellement programmé sécurise la production et réduit une astreinte. |
L’ordre des priorités ressort mieux que le montant total : eau fiable, circulation courte, lavage-conditionnement ergonomique, stockage adapté, puis matériel ciblant les opérations répétitives. Chaque investissement doit être relié à des heures, des pertes évitées ou du chiffre d’affaires sécurisé.
7 – Gamme et pratiques
Le nombre de légumes ne fait pas le revenu
Les fermes MMBio cultivent en moyenne 39 espèces ; la moitié se situe entre 30 et 40. La diversité cultivée n’est presque pas corrélée au temps de travail, avec R² = 0,02, et la gamme centrale est largement commune aux quatre groupes. La seule différence relevée est une plus forte propension du groupe 1 à produire des espèces rares dans le panel : asperges, endives, exotiques et fleurs comestibles.
Ce résultat ne permet ni de bannir ces cultures, ni d’établir une liste de légumes gagnants. MMBio ne publie pas de marge complète culture par culture, car répartir le temps, les tunnels, l’irrigation et les charges communes entre quarante productions devient rapidement arbitraire. Il montre cependant qu’une gamme plus originale n’assure pas un meilleur revenu. Une culture doit être jugée par sa contribution au panier, son débit de vente, sa marge et son calendrier de travail.
| Ce qui ne distingue pas nettement les groupes | Ce qui mérite un test ferme par ferme |
|---|---|
| Nombre total d’espèces | Marge brute et heures par culture ou famille de cultures. |
| Autoproduction des plants prise isolément | Coût complet : semences, terreau, chauffage, pertes, astreinte et souplesse gagnée. |
| Formation agricole initiale | Capacité à apprendre, mesurer, planifier et corriger le système. |
| Une pratique agronomique unique | Fiabilité du rendement commercialisable dans le contexte pédoclimatique. |
Un signal sur la complexité périphérique
Sept fermes sur neuf du groupe 1 ont au moins un autre atelier de production. Trois fermes sur cinq du groupe 4 en ont un, mais aucune n’en cumule plusieurs. Le rapport MMBio formule l’hypothèse qu’une diversification excessive des activités peut disperser la disponibilité mentale et réduire l’efficacité du maraîchage. La tendance reste à confirmer, mais elle rejoint un principe de gestion simple : chaque nouvel atelier ajoute un calendrier, des stocks, des compétences et des décisions.
Des pratiques plus interventionnistes dans le groupe 4
Le groupe 4 recourt davantage au paillage plastique, au désherbage thermique, aux apports systématiques d’engrais et à certains intrants de protection autorisés en bio. Aucune de ces pratiques ne constitue isolément une preuve causale. Elles indiquent plutôt une priorité donnée à la régularité de la production commercialisable et à la maîtrise du temps. Le compromis environnemental doit être regardé explicitement : un gain de revenu horaire obtenu par davantage de plastique ou d’intrants déplace une partie du coût hors de la comptabilité.
Synthèse des preuves
Ce qui distingue, ce qui ne distingue pas
| Niveau de preuve dans MMBio | Variables | Conclusion |
|---|---|---|
| Différence significative | Efficacité économique CA/charges | Le levier le plus net : davantage de ventes obtenues par euro de charge. |
| Différence significative | Efficience commerciale CA/heure de vente | Les groupes 3 et 4 écoulent plus de valeur par heure commerciale que le groupe 1. |
| Différence significative | EBE par surface développée | Le groupe 4 dégage en moyenne deux fois plus d’EBE par m² que les groupes 1 et 2. |
| Tendance cohérente | Débouché principal, salariat, irrigation, mutualisation | Des systèmes plus fluides et mieux sécurisés, sans démonstration causale variable par variable. |
| Pas de différence nette | Surface, part d’abris, cycles, investissement, nombre d’outils | La quantité de terre et de capital n’explique pas seule la performance. |
| Pas de différence nette | Prix, nombre d’espèces, diplôme, ancienneté | Le revenu vient de la cohérence du système, pas d’un profil ou d’une culture miracle. |
La ferme la mieux rémunérée combine trois propriétés : une valeur nette correcte par m², un débouché capable d’absorber vite la production et un temps exploitant tenu. Elle peut être intensive ou plus extensive, très équipée ou modérément équipée. Ce qui compte est la cohérence entre ces choix.
Les tendances opérationnelles du groupe supérieur
Dans le petit groupe au-dessus de 12,05 EUR/h, le circuit principal concentre 90 à 100 % du chiffre d’affaires ; l’efficacité commerciale est élevée ; le réseau d’irrigation est complet ; toutes les fermes emploient ; le temps administratif est contenu autour de 5 % ; les pratiques cherchent davantage à sécuriser le rendement commercialisable ; les investissements ne sont ni systématiquement plus lourds ni réalisés au même moment.
Ces éléments ne forment pas un cahier des charges à copier. Ils indiquent où regarder en premier lorsqu’une ferme stagne à 5 EUR/h : la vitesse d’écoulement, le rapport CA/charges, les heures par unité de surface, le poids des annuités, les tâches répétitives et la dispersion créée par les circuits ou ateliers secondaires.
Application sur la ferme
Le tableau de bord qui permet d’agir
Le diagnostic doit porter sur trois années glissantes afin d’éviter qu’un achat de stock, un investissement autofinancé ou une mauvaise saison ne donne une image fausse. Les indicateurs suivants reprennent la logique MMBio tout en la rendant utilisable dans une comptabilité de gestion courante.
| Indicateur | Calcul | Question de décision |
|---|---|---|
| Revenu disponible horaire | (EBE – annuités) / heures exploitants | Le système rémunère-t-il réellement le temps non salarié ? |
| Efficacité économique | CA légumes / charges légumes | Chaque euro dépensé produit-il assez de ventes ? |
| EBE par m² développé | EBE légumes / somme des surfaces de chaque cycle | La surface laisse-t-elle une marge nette suffisante ? |
| CA par heure totale | CA légumes / toutes les heures | La valeur produite progresse-t-elle plus vite que le travail ? |
| Efficacité commerciale | CA du circuit / heures complètes du circuit | Quel débouché mérite d’être renforcé ou abandonné ? |
| Heures par 1 000 m² | Heures totales / surface développée x 1 000 | Le travail élevé produit-il davantage de marge ou seulement de la complexité ? |
| Poids de la dette | Annuités / EBE | Combien d’EBE est indisponible pour vivre et réinvestir ? |
| Travail extérieur complet | Salaires + valeur du bénévolat + encadrement | La rentabilité subsiste-t-elle si tout le travail est rendu visible ? |
Une séquence de correction en cinq étapes
| Ordre | Action | Pourquoi commencer ici |
|---|---|---|
| 1 | Mesurer toutes les heures pendant quatre semaines représentatives | Le dénominateur du revenu horaire est souvent sous-estimé. |
| 2 | Calculer le CA par heure pour chaque circuit | Les écarts commerciaux peuvent être corrigés sans modifier l’assolement. |
| 3 | Comparer CA, charges et EBE par m² développé | Identifier si le problème vient de la valeur produite ou du coût de production. |
| 4 | Supprimer un goulot précis | Irrigation, lavage, manutention, préparation de commandes ou désherbage. |
| 5 | Revoir la gamme et les ateliers secondaires | Retirer les activités qui consomment du temps sans renforcer le débouché principal. |
Passer de 5 à 15 EUR/h ne signifie pas tripler le chiffre d’affaires. Une progression réaliste peut additionner 15 % de valeur nette par m², 20 % d’efficacité commerciale, 10 % d’heures en moins et un poids de dette mieux calibré. C’est l’effet cumulé qui change le revenu horaire.
Conclusion
La différence tient à la cohérence, pas à une recette
MMBio ne fait apparaître ni surface idéale, ni taux de tunnels, ni niveau d’investissement, ni nombre de cultures capables de garantir un revenu supérieur. Les fermes au-dessus de 12,05 EUR/h sont trop peu nombreuses et trop différentes pour produire un modèle unique.
Trois relations résistent toutefois à l’analyse. Les fermes les mieux rémunérées transforment plus efficacement leurs charges en chiffre d’affaires. Elles dégagent davantage d’EBE par surface développée. Elles réalisent plus de chiffre d’affaires par heure commerciale. Le temps, enfin, décide de la traduction de cet EBE en revenu horaire : une activité rentable peut rester mal rémunératrice si elle exige 3 000 heures par exploitant.
Le contraste entre 5 et 15 EUR/h ne sépare donc pas deux philosophies maraîchères. Il sépare surtout des degrés de cohérence. D’un côté, des heures, des circuits, des charges et parfois des ateliers qui s’accumulent plus vite que la valeur. De l’autre, un système où la production, le débouché, l’équipe et l’outil de travail sont dimensionnés les uns par rapport aux autres.
Pour chaque culture, circuit, équipement ou heure ajoutée : améliore-t-il le revenu disponible par heure, ou agrandit-il seulement l’activité ? C’est cette discipline de mesure, davantage qu’une technique particulière, qui rapproche une ferme des 15 EUR/h.
Transparence
Sources et méthode
[1] S. Rivière, Synthèse technico-économique de 42 microfermes maraîchères diversifiées en agriculture biologique, Brique de connaissances n°2, ITAB, juin 2023, 70 p. Consulter la source.
[2] S. Rivière et al., Une approche technico-économique de la viabilité en maraîchage biologique sur petite surface, Innovations Agronomiques 94, 2024, p. 66-82. Consulter la source.
[3] Collectif MMBio, Accompagner un maraîcher installé dans l’évaluation et l’amélioration de sa microferme, Cahier pratique n°3, ITAB, 2023. Consulter la source.
Règles de lecture
Les résultats économiques portent sur des moyennes de deux ou trois exercices par ferme, compris principalement entre 2017 et 2021. Les données hors comptabilité sont déclaratives. Le panel a été constitué dans les réseaux des partenaires et ne prétend pas représenter statistiquement toutes les microfermes françaises.
Le groupe 4 ne comprend que cinq fermes. Pour certains indicateurs, le nombre de réponses est encore inférieur : l’efficience commerciale du groupe 4 repose sur deux répondants. Les différences non significatives sont traitées comme des tendances. Une corrélation ou une association de pratiques ne démontre pas un lien de cause à effet.
Les résultats portent sur le seul atelier maraîchage, même lorsque la ferme comporte d’autres productions. Les seuils monétaires de la typologie sont ceux de 2020 et ne sont pas réévalués en euros 2026.

