Une préparation de plante n’est utile que si elle répond à un besoin concret de la culture. Relancer une salade après plantation, accompagner la floraison d’une tomate, aider un concombre pendant une période humide ou contenir un début d’attaque ne demandent ni la même plante ni la même préparation. Ce guide rassemble les usages de terrain les plus utiles en maraîchage, issus des travaux d’Éric Petiot, de retours de producteurs et des pratiques traditionnelles.
Le choix rapide selon le problème rencontré
| Situation observée | Premier choix | Effet recherché | Décision pratique |
|---|---|---|---|
| Plants bloqués après plantation, froid ou reprise difficile | Extrait fermenté d’ortie | Vigueur, reprise végétative et soutien de l’activité racinaire. | Apporter au pied sur sol humide. Une application légère vaut mieux qu’une succession automatique. |
| Tomates, aubergines, poivrons ou courgettes qui entrent en floraison | Extrait fermenté de consoude | Accompagner la floraison, la fructification et le remplissage des fruits. | Prendre progressivement le relais de l’ortie. Ne pas confondre ce soutien avec une fertilisation potassique complète. |
| Temps humide, végétation tendre, risque d’oïdium ou de mildiou | Décoction de prêle | Assécher et renforcer les tissus ; soutenir la plante avant une forte pression cryptogamique. | Intervenir préventivement sur un feuillage sec et bien aéré. Corriger en parallèle arrosage, ventilation et densité. |
| Premiers foyers de pucerons ou petits ravageurs | Macération courte d’ortie ; fougère ou tanaisie en second choix | Effet insectifuge ou perturbateur rapporté par les usages traditionnels. | Traiter seulement les foyers et l’envers des feuilles. Observer d’abord les auxiliaires déjà présents. |
| Culture affaiblie après chaleur ou manque d’eau | Achillée ou faible dose d’ortie | Aider la reprise après le stress, sans forcer brutalement la croissance. | Réhydrater et rétablir les racines avant toute préparation. Ne jamais pulvériser une plante flétrie en plein soleil. |
| Compost lent ou matière organique peu active | Ortie et consoude | Favoriser la décomposition et l’activité biologique recherchée par les praticiens. | Employer sur le compost ou le sol ; inutile de charger le feuillage si le problème se situe sous terre. |
Les plantes principales de la ferme maraîchère
Ortie : démarrage, vigueur et reprise
L’ortie est la plante de début de cycle. Les maraîchers l’emploient surtout lorsqu’un plant manque de vigueur après le repiquage, après un coup de froid ou pendant une phase de croissance active. En extrait fermenté, l’effet recherché est un soutien de la croissance et de la vitalité, pas un apport d’azote comparable à un engrais calculé.
- À privilégier : pépinière, reprise des laitues et poireaux, jeunes solanacées et cucurbitacées avant floraison.
- Forme la plus pratique : extrait fermenté au pied ; macération courte lorsqu’un effet insectifuge est recherché.
- À éviter : multiplier les apports sur une culture déjà très végétative, tendre ou fortement exposée aux pucerons.
Consoude : racines, fleurs et fruits
La consoude prend le relais quand la culture passe de la croissance des feuilles à la floraison et à la fructification. Elle est traditionnellement recherchée pour accompagner le développement racinaire, la mise à fleurs et le remplissage des fruits. Elle convient particulièrement aux tomates, aubergines, poivrons, concombres, courgettes et courges.
- À privilégier : à partir des premiers boutons floraux, après une taille ou pendant le grossissement des fruits.
- Forme la plus pratique : extrait fermenté, généralement appliqué au sol ou par le réseau d’irrigation correctement filtré.
- Repère agronomique : la richesse de la consoude ne dispense pas d’analyser le sol ni de raisonner la fertilisation de fond.
Prêle : l’outil des périodes humides
La prêle des champs est surtout utilisée pour sa richesse en silice et son effet asséchant recherché. Sur une ferme maraîchère, sa place est avant une séquence humide ou dès les premiers signes d’une pression cryptogamique sur tomate, concombre, fraisier ou courgette. Pour cet objectif, la décoction est plus cohérente et plus courante que l’extrait fermenté.
- À privilégier : avant une période humide annoncée, après un épisode très poussant ou lorsque les tissus deviennent tendres.
- Application : feuillage sec, couverture fine et homogène, avec assez de temps pour sécher avant la nuit.
- Limite pratique : une culture déjà fortement atteinte exige aussi l’élimination des organes malades, l’aération et la maîtrise de l’irrigation.
Fougère, tanaisie et absinthe : la famille insectifuge
La fougère est traditionnellement utilisée en extrait fermenté contre les pucerons et divers ravageurs à corps mou. La tanaisie et l’absinthe sont recherchées pour leur odeur forte et leur effet répulsif. Ces usages relèvent principalement de l’expérience des jardiniers et des producteurs : ils peuvent être utiles sur un foyer naissant, mais ne remplacent pas l’identification du ravageur ni la protection des auxiliaires.
- Réserver ces préparations à des interventions localisées plutôt qu’à une pulvérisation systématique de toute la ferme.
- Éviter les fleurs ouvertes et les heures d’activité des pollinisateurs.
- Commencer avec une seule plante : un mélange très aromatique devient difficile à doser et à interpréter.
Achillée, saule et reine-des-prés : soutien en situation de stress
Les retours de groupes professionnels, notamment en viticulture, associent l’achillée au stress hydrique et au soutien des défenses, tandis que le saule et la reine-des-prés sont employés pendant les périodes de pression fongique. Ces pratiques sont transposables avec mesure au maraîchage : elles constituent une deuxième ligne, après l’ortie, la consoude et la prêle, et non une trousse obligatoire.
Ail, oignon, pissenlit et bardane : des usages complémentaires
L’ail et l’oignon sont traditionnellement utilisés en infusion, décoction ou macération courte pour leurs effets répulsifs et leur intérêt lors de pressions fongiques. Le pissenlit est recherché pour accompagner la maturité des fruits ; la bardane pour soutenir une végétation affaiblie. Leur intérêt dépend fortement du mode de préparation : il ne faut pas transformer automatiquement toutes ces plantes en purin.
Fabriquer un extrait fermenté propre et régulier
- Récolter une plante saine et correctement identifiée. Écarter les bords de route, les zones traitées et les plantes montées en graines lorsque l’on ne souhaite pas les disséminer.
- Partir d’une base simple. Le repère le plus courant est 1 kg de plante fraîche pour 10 litres d’eau. Utiliser un récipient alimentaire et une eau peu chlorée.
- Garder la plante immergée. La méthode défendue par Éric Petiot privilégie une fermentation contrôlée avec très peu d’air. Un voile et un poids propres empêchent la biomasse de remonter.
- Surveiller chaque jour. Température, mousse, bulles et odeur renseignent sur l’évolution. Filtrer lorsque l’activité ralentit nettement, avant l’odeur de putréfaction.
- Filtrer très finement. C’est indispensable pour les buses et le goutte-à-goutte. Remplir les contenants au maximum, fermer et stocker au frais, à l’abri de la lumière.
- Préparer chaque plante séparément. Les associations se font au moment de l’emploi ; cela permet de changer la proportion d’ortie et de consoude selon le stade de la culture.
Dilutions et applications : des repères simples
| Usage | Repère courant | Équivalence pratique | Vigilance |
|---|---|---|---|
| Jeunes plants ou feuillage sensible | 2 à 3 % | 2 à 3 L d’extrait pour 100 L d’eau | Commencer bas, surtout sous abri ou par temps chaud. |
| Pulvérisation foliaire sur culture installée | 5 % | 10 L d’extrait dans une bouillie totale de 200 L/ha | Appliquer tôt le matin sur feuillage sec ; éviter chaleur, fleurs ouvertes et ruissellement. |
| Apport au sol ou au pied | 5 à 10 % | 0,5 à 1 L d’extrait pour un arrosoir de 10 L | Apporter sur un sol déjà humide, jamais sur des racines desséchées. |
| Décoction de prêle | 10 % | 1 L de décoction pour 9 L d’eau | Utiliser rapidement et ne pas mélanger automatiquement avec un extrait fermenté. |
Ces dilutions sont des repères de travail issus des ouvrages pratiques et des retours professionnels. Si une préparation achetée possède son propre mode d’emploi, celui-ci prévaut. Sur salade, jeunes feuilles et cultures très denses, l’apport au sol est souvent plus prudent qu’une pulvérisation qui maintient le feuillage humide.
Trois itinéraires directement utilisables
Les erreurs qui font perdre du temps
- Choisir la plante avant d’avoir identifié le problème. Un manque d’eau, des racines asphyxiées ou un défaut de température ne se corrigent pas avec un purin.
- Conserver une préparation putréfiée. Une odeur franchement nauséabonde et une fermentation abandonnée ne sont pas des signes de puissance.
- Augmenter la dose pour obtenir une réponse. Une préparation trop concentrée peut brûler le feuillage ou déséquilibrer une culture déjà tendre.
- Tout mélanger dans la cuve de fabrication. Ortie, consoude, prêle et plantes aromatiques ne répondent pas au même besoin.
- Pulvériser par automatisme. L’apport au sol est souvent plus ergonomique, moins risqué pour les auxiliaires et mieux adapté à un objectif de vigueur.
La logique MT : ortie pour relancer, consoude pour accompagner fleurs et fruits, prêle quand l’humidité favorise les maladies. Les autres plantes complètent cette base selon le problème rencontré et l’expérience de la ferme. Une bonne préparation reste un outil de conduite parmi d’autres : elle ne remplace ni l’eau, ni l’aération, ni la fertilité, ni l’observation.
Sources et retours de terrain
Pour approfondir les pratiques
- Bernard Bertrand, Jean-Paul Collaert et Éric Petiot — Purin d’ortie & Cie, Éditions de Terran
- Éric Petiot et Patrick Goater — Les Alternatives biologiques aux pesticides, Éditions de Terran
- Éric Petiot — Soigner les plantes par les plantes, film sur les préparations et applications
- Bio de Provence — Le soin des plantes au naturel en maraîchage, retours de producteurs
- FNAB / DEPHY — Les préparations à base de plantes pour la santé de la vigne, recettes et retours professionnels
- ITAB — fiche maraîchage sur l’ortie, la prêle et les substances de base, 2025
- Bozsik et al. — essai au champ d’un purin d’ortie sur pomme de terre biologique
- Radman et al. — essais d’extraits aqueux d’ortie sur haricot





